Big Noise Orchestra : de la musique par tous… pour tous

FINANCIAL TIMES

By Andrew Clark

DR

Formés à un programme d’enseignement musical inspiré de la méthode d’un musicien vénézuélien, des enfants des quartiers pauvres ont l’occasion de se produire en concert dans des lieux prestigieux. Le Royaume-Uni envisage d’étendre cette initiative.

Amileigh Jones, 10 ans, joue du violoncelle dans l’ensemble Big Noise. A l’instar des autres membres de cet orchestre d’enfants, elle vit à Raploch, une banlieue depuis longtemps sinistrée de Stirling, en Ecosse. Mais fin février, lors d’un concert télévisé – en préambule aux Jeux olympiques de Londres –, Amileigh et ses camarades du Big Noise ont joué du Beethoven aux côtés de la célèbre violoniste Nicola Benedetti et de l’Orchestre symphonique écossais de la BBC.

Rien d’inhabituel à cela, direz-vous. Un peu partout dans le monde, des enfants font la démonstration de leur talent musical et se produisent en public. La différence, dans le cas d’Amileigh, c’est qu’elle n’a jamais eu à payer pour des cours de musique ou à passer une audition pour une place dans le Big Noise Orchestra.

Amileigh est un produit de Sistema Scotland, fondé sur le modèle du programme d’enseignement musical El Sistema (« le système ») au Venezuela. Imaginé dans les années 1970 par un économiste et musicien visionnaire, José Antonio Abreu, El Sistema a trouvé sa meilleure expression dans l’Orchestre national des jeunes Simón Bolívar, qui a remporté un triomphe dans de nombreuses capitales.

Vers le milieu des années 1970, il n’était guère possible pour les jeunes Vénézuéliens de se former dans un orchestre. Abreu voulait remédier à cette situation. El Sistema est à l’opposé du modèle musical en vigueur dans les pays occidentaux où les enfants acquièrent seuls, chacun à son rythme, une expertise dans un instrument, avant de se joindre à d’autres musiciens. Avec El Sistema, c’est l’inverse : ils apprennent d’emblée à jouer ensemble. Le credo implicite d’Abreu était qu’un enfant défavorisé socialement ne devrait pas l’être également sur le plan spirituel. La discipline et la confiance en soi acquises grâce à la musique feraient d’eux de meilleurs citoyens.

En 1977, le gouvernement du Venezuela s’est intéressé à ce programme d’enseignement musical et a décidé de lui apporter un soutien financier. Depuis trente-cinq ans, plus d’un million d’enfants en ont bénéficié.

Au Royaume-Uni, depuis les années 1980, les coupes budgétaires décidées par le Premier ministre de l’époque, Margaret Thatcher, ont provoqué le démantèlement du système d’éducation musicale. Divers programmes financés par le privé ont tenté de prendre le relais, mais aucun n’était fondé sur un modèle aussi réussi que celui d’El Sistema, surnommé « le gentil virus » par l’un de ses plus fervents partisans, Simon Rattle.

Installé dans un nouveau centre réunissant sous un même toit une crèche, une école primaire et une école religieuse, Sistema Scotland a démarré, avec Baby Noise, un programme qui propose des séances de chant pour les mamans et les tout-petits. Ensuite, un peu plus âgés, les enfants reçoivent des violons en carton et en papier pour se familiariser avec la sensation que donne un vrai instrument de musique. Big Noise prend à sa charge, jusqu’à l’âge de 12 ans, les frais de cette activité extrascolaire, qui a lieu trois jours par semaine. Les jeunes sont encadrés par 16 enseignants, dont certains sont des professionnels. Le taux d’abandon est faible et on espère que, lorsqu’Amileigh et ses pairs auront entre 12 et 18 ans, ils prendront sous leur aile la promotion suivante.

La plus grande partie du budget des 3,8 millions de livres [4,5 millions d’euros] de Sistema Scotland est financée par des sources privées et caritatives. Mais un rapport indépendant publié en 2011 atteste que Big Noise a renforcé l’estime de soi chez les enfants de Raploch, et permis à la communauté de considérer l’avenir avec plus d’optimisme. Les auteurs relèvent « de meilleures capacités en matière d’intégration sociale, de travail en équipe et d’élargissement des réseaux sociaux ». Les autorités de Stirling ont alors accepté de financer une partie du budget de fonctionnement, qui s’élève à quelque 700 000 euros par an. Désormais, des responsables associatifs de plusieurs villes réclament, eux aussi, l’instauration d’un tel programme.

Amileigh et les autres membres de Big Noise « adorent jouer et impressionner le public », assure George Anderson, de Sistema Scotland. Ils n’ont peut-être pas encore la virtuosité de leurs homologues vénézuéliens du Simón-Bolívar, mais, si les fonds nécessaires pour reproduire le projet pilote de Raploch sont débloqués, le « gentil virus » d’El Sistema se propagera rapidement dans le pays.

http://www.ft.com/cms/s/2/9548baa8-612a-11e1-a738-00144feabdc0.html#axzz1oiL7Fupn

http://makeabignoise.org.uk/sistema-scotland/

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